Tout d'abord, le sociogramme peut avoir comme effet pervers de réifier, conforter chez l'enseignant la position d'un élève au sein d'un groupe : " oui, Untel est ici, je le savais, mais il l'a bien cherché... " L'enseignant gardera à l'esprit que cet outil n'est justement qu'un outil produisant des données chiffrées, souvent fascinantes et qu'il ne se substitue pas à son jugement. Ensuite, les résultats issus de cet outil ne doivent être qu'exceptionnellement diffusés aux élèves, car ils peuvent contenir des informations pouvant perturber psychologiquement certains (que peut penser un élève se voyant à l'écart d'un sociogramme ?). Il nous semble donc qu'un tel outil ne doit être qu'à l'usage exclusif de l'enseignant ; cela dit, il importe tout de même, par déontologie, de fournir un résultat général, p. ex. les groupes constitués à l'aide du sociogramme. [1]
Cela étant, il peut être intéressant, pour le bon fonctionnement du travail en petits groupes, de réaliser de tels sociogrammes, en se centrant exclusivement sur des critères de travail. La question posée serait : " Avec quels élèves préfères-tu travailler la matière X en petit groupe ? ", et surtout pas : " Quels élèves préfères-tu ? ", " À quels élèves voudrais-tu confier un secret ? ", " Avec quels élèves aimes-tu jouer ? ", questions qui ont trait à la vie privée de l'élève et que l'enseignant doit s'interdire de poser.
Ces précautions étant énoncées, l'enseignant ne réalisera de tels sociogrammes que s'il le juge utile et surtout seulement s'il pense que cela ne perturbera pas le bon fonctionnement de son groupe-classe.
Ce fascicule n'a pas pour objet d'exposer les aspects théoriques de la sociométrie (voir Ancelin Schützenberger, 1972 ; Vasquez et Oury, 1971, en font une utilisation dans le cadre de leurs classes coopératives, Vayer et Roncin, 1987, réalisent le même type de travail en école primaire)
Tableau I -- Un exemple fictif de sociomatrice. Ici,
Adeline a choisi Béatrice et a rejeté Kevin, qui l'a choisie.
L'indice de " sociabilité " de chaque personne est calculé
en sommant tous ses scores.
Sexe Adeline
Béatrice
Johnny
Kevin
Mickaël
Sexe
F F
M M
M
Adeline F
1
--1
Béatrice F
1
--1
Johnny M
--1
1
Kevin M
1
--1
Mickaël M
1
--1
Sociabilité
2 1
0 --2
--1
2. On peut observer : -- les élèves beaucoup
rejetés (ici Mickaël), -- les élèves mentionnés
par personne (ici Johnny) ; -- les groupes d'élèves qui se
choisissent mutuellement (ici Adeline et Béatrice) ; -- les antagonismes,
un élève rejeté par celui (celle) qu'il choisit, (ici
Kevin et Adeline) ; -- les leaders, ayant des scores élevés
(ici Adeline).
3. On peut réaliser un sociogramme en forme de cible, groupant, par sexe, les élèves par score de sociabilité. On pourra regrouper les élèves ayant des scores voisin dans la même tranche de cible (p. ex. les scores entre 2 et 4, etc.), en distinguant bien sûr les scores positifs et les négatifs. Voici le sociogramme pour l'exemple ci-dessus, les sujets le plus au centre étant les plus populaires :
Figure 1 -- Sociogramme fictif tiré de l'exemple ci-dessus.
4. On peut également représenter les différents réseaux au sein de la classe de la manière suivante. Il convient de placer les élèves les plus choisis au centre du graphique, les autres, selon les choix, en périphérie et de mentionner par des flèches les différents choix. Voici une représentation sous cette forme de la sociomatrice ci-dessus.
5. Passons maintenant à la constitution de groupes de travail, but de ce sociogramme. On pourra les constituer en plaçant un leader par groupe ; en vérifiant que le nombre de rejets intragroupe est minimal ; en s'assurant de la mixité ; en veillant à ce que les élèves rejetés ne se retrouvent pas dans le même groupe ; les élèves non cités, eux peuvent être placés à volonté. On pourra réaliser une sociomatrice à chaque événement important de la vie de la classe (séjour, vacances).
6. Autres calculs : À titre de comparaison entre classes, on peut également calculer un indice de cohésion d'une classe (Ancelin Schützenberger, 1972) :
où n est le nombre total d'élèves et C le nombre de choix réciproques.