Réseaux d'affinités en classe, approche sociométrique

Auteur : Ph. Dessus, IUFM Grenoble
Mise à jour : Octobre 2001, document créé en octobre 2000.
Objectif : S'initier à l'approche sociométrique pour mettre au jour les réseaux d'affinités dans une classe.Ce chapitre traite de l'analyse des affinités des élèves au sein d'une classe. Son objet est de construire un sociogramme, qui rassemble les principaux liens interélèves, en termes de choix et de rejets. Il est préférable d'avoir lu le document sur la socialisation avant celui-ci.

Introduction

La sociométrie est une " méthode d'approche qui se veut métrique, du réseau des relations interpersonnelles au sein d'un groupe " (de Visscher, 1991, p. 113). L'outil principal, mis au point par Moreno, en est le sociogramme : " diagramme présentant symboliquement et schématiquement l'ensemble des choix et rejets obtenus lors de l'application d'un test sociométrique " (ibid.). Élaborer un sociogramme d'un groupe-classe, cela permet à l'enseignant de mettre au jour le réseau d'affinités qu'il a pu percevoir intuitivement. Un sociogramme se construit en faisant passer un questionnaire à chaque élève, où il indique les élèves avec qui il aime travailler et ceux avec qui il n'aime pas. Ensuite, une mise à plat de tous les choix permet de se rendre compte des choix et rejets réciproques, des oppositions (A choisit B qui le rejette). Un tel travail peut être utile à l'enseignant : Toutefois, il importe bien de comprendre qu'un sociogramme ne témoigne que d'un état, prélevé à un instant donné, de la situation de chacun dans le groupe. Nous encourageons l'enseignant d'être prudent quant à l'information qu'il peut tirer d'un tel outil.

Tout d'abord, le sociogramme peut avoir comme effet pervers de réifier, conforter chez l'enseignant la position d'un élève au sein d'un groupe : " oui, Untel est ici, je le savais, mais il l'a bien cherché... " L'enseignant gardera à l'esprit que cet outil n'est justement qu'un outil produisant des données chiffrées, souvent fascinantes et qu'il ne se substitue pas à son jugement. Ensuite, les résultats issus de cet outil ne doivent être qu'exceptionnellement diffusés aux élèves, car ils peuvent contenir des informations pouvant perturber psychologiquement certains (que peut penser un élève se voyant à l'écart d'un sociogramme ?). Il nous semble donc qu'un tel outil ne doit être qu'à l'usage exclusif de l'enseignant ; cela dit, il importe tout de même, par déontologie, de fournir un résultat général, p. ex. les groupes constitués à l'aide du sociogramme. [1]

Cela étant, il peut être intéressant, pour le bon fonctionnement du travail en petits groupes, de réaliser de tels sociogrammes, en se centrant exclusivement sur des critères de travail. La question posée serait : " Avec quels élèves préfères-tu travailler la matière X en petit groupe ? ", et surtout pas : " Quels élèves préfères-tu ? ", " À quels élèves voudrais-tu confier un secret ? ", " Avec quels élèves aimes-tu jouer ? ", questions qui ont trait à la vie privée de l'élève et que l'enseignant doit s'interdire de poser.

Ces précautions étant énoncées, l'enseignant ne réalisera de tels sociogrammes que s'il le juge utile et surtout seulement s'il pense que cela ne perturbera pas le bon fonctionnement de son groupe-classe.

Ce fascicule n'a pas pour objet d'exposer les aspects théoriques de la sociométrie (voir Ancelin Schützenberger, 1972 ; Vasquez et Oury, 1971, en font une utilisation dans le cadre de leurs classes coopératives, Vayer et Roncin, 1987, réalisent le même type de travail en école primaire)


Ce que l'on peut faire

Expression des choix

  1. Expliquer aux élèves que le questionnaire qui va suivre " va nous aider à former les équipes de travail en petits groupes ".
  2. Demander à chaque élève d'écrire son nom sur une feuille, puis de mentionner trois camarades avec lesquels il (elle) pourrait travailler en petit groupe, dans la matière concernée. Il (elle) doit penser aux compétences des camarades nommés, mais aussi aux relations qu'il (elle) a avec eux. Si un élève est absent, il peut bien évidemment être choisi.
  3. S'il le désire, et seulement s'il le désire, l'élève peut mentionner trois camarades avec qui il ne pourrait pas travailler en petit groupe, toujours dans la matière concernée.
  4. L'enseignant rappelle qu'il exposera les résultats de ce travail la séance suivante, en respectant bien sûr l'anonymat de chacun.
  5. Ramassage des papiers.

Traitement des données

1. Une sociomatrice est créée en dépouillant tous les résultats, selon l'exemple fictif suivant, où les choix sont mentionné par un " 1 " et les rejets par un " --1 " ; le sexe[2] est également mentionné :

Tableau I -- Un exemple fictif de sociomatrice. Ici, Adeline a choisi Béatrice et a rejeté Kevin, qui l'a choisie. L'indice de " sociabilité " de chaque personne est calculé en sommant tous ses scores.
                          Sexe        Adeline     Béatrice            Johnny             Kevin                 Mickaël     
Sexe                        F       F           M           M           M           
Adeline         F                   1                       --1                     
Béatrice        F       1                                               --1         
Johnny          M                   --1                                 1           
Kevin           M       1                                               --1         
Mickaël         M                   1                       --1                     
Sociabilité                  2       1           0           --2         --1         

2. On peut observer : -- les élèves beaucoup rejetés (ici Mickaël), -- les élèves mentionnés par personne (ici Johnny) ; -- les groupes d'élèves qui se choisissent mutuellement (ici Adeline et Béatrice) ; -- les antagonismes, un élève rejeté par celui (celle) qu'il choisit, (ici Kevin et Adeline) ; -- les leaders, ayant des scores élevés (ici Adeline).

3. On peut réaliser un sociogramme en forme de cible, groupant, par sexe, les élèves par score de sociabilité. On pourra regrouper les élèves ayant des scores voisin dans la même tranche de cible (p. ex. les scores entre 2 et 4, etc.), en distinguant bien sûr les scores positifs et les négatifs. Voici le sociogramme pour l'exemple ci-dessus, les sujets le plus au centre étant les plus populaires :

Figure 1 -- Sociogramme fictif tiré de l'exemple ci-dessus.

4. On peut également représenter les différents réseaux au sein de la classe de la manière suivante. Il convient de placer les élèves les plus choisis au centre du graphique, les autres, selon les choix, en périphérie et de mentionner par des flèches les différents choix. Voici une représentation sous cette forme de la sociomatrice ci-dessus.

5. Passons maintenant à la constitution de groupes de travail, but de ce sociogramme. On pourra les constituer en plaçant un leader par groupe ; en vérifiant que le nombre de rejets intragroupe est minimal ; en s'assurant de la mixité ; en veillant à ce que les élèves rejetés ne se retrouvent pas dans le même groupe ; les élèves non cités, eux peuvent être placés à volonté. On pourra réaliser une sociomatrice à chaque événement important de la vie de la classe (séjour, vacances).

6. Autres calculs : À titre de comparaison entre classes, on peut également calculer un indice de cohésion d'une classe (Ancelin Schützenberger, 1972) :

n est le nombre total d'élèves et C le nombre de choix réciproques.

Références bibliographiques

Ancelin Schützenberger, A. (1972). La sociométrie. Paris : Ed. Universitaires.
Vasquez, A., Oury, F. (1971). De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle. Paris : Maspero.
Vayer, P., Roncin, P. (1987). L'enfant et le groupe. Paris : PUF.
Document SAPEA, Séminaire d'analyse des pratiques d'enseignement/apprentissage, IUFM de Grenoble

http://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/sociometrie.htm