Les sanctions à l'école
Auteur :
Ph.
Dessus, IUFM Grenoble (et Archambault & Chouinard).
Date de mise à jour : Janvier 2009 ; Document créé en octobre 2001
Objectif : Réfléchir à la
manière d'appliquer des sanctions appropriées au comportement
des élèves, et compatibles avec les règlements. Lire
auparavant le
document sur la discipline. | Cette création est mise à disposition sous
un contrat
Creative Commons.
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Ce que l'on sait
Une fois qu'un comportement inadéquat a été
remarqué par l'enseignant, ce dernier a le choix entre continuer
son cours comme si de rien n'était, ou bien sanctionner ce comportement.
Voyons ici comment déterminer cette sanction, en commençant
par expliquer les inconvénients de punitions non directement liées
au comportement inappropiré
Les inconvénients de la punition (Archambault &
Chouinard, 1996)
La majorité des enseignants appliquent directement
des conséquences aux comportements inappropriés de leurs
élèves, sans avoir essayé les quelques interventions
qui auraient pu faire cesser ce comportement de façon plus économique
(voir document sur la discipline). C'est dommage,
car ces conséquences, la plupart du temps d'ordre punitif, présentent
certains inconvénients.
-
la punition a pour seul objectif de faire cesser le comportement
inapproprié le plus rapidement possible, et non d'enseigner un comportement
approprié qui le remplacerait. Faire copier des pages de lignes
à un élève qui s'est battu avec un camarade n'informe
pas l'élève sur ce qu'il aurait dû faire et comment
il aurait dû le faire.
-
les effets de la punition sont certes immédiats, mais
de courte durée. Des recherches ont montré qu'en demandant
à des enseignants de punir davantage les comportemens perturbateurs,
ceux-ci se produisaient plus fréquemment, car les élèves
perturbateurs recherchent à être l'objet de l'attention de
l'enseignant.
-
les punitions créent dans la classe un climat hostile
et malsain, pas favorable à l'apprentissage : les élèves
deviennent plus anxieux, sont plus facilement distraits et se mettent à
déranger davantage la classe. Les élèves ont tendance
à se comporter correctement uniquement sous la menace directe de
l'enseignant, et manifestent des comportements inadéquats dès
qu'il a le dos tourné. De plus les élèves punis auront
tendance à réutiliser auprès de leurs camarades ce
type de comportement agressif.
-
les punitions, en s'attaquant plus à la personne de
l'élève qu'à son comportement, font que l'élève
puni va avoir tendance à contester, nier la punition, ce qui est
une attitude logique, puisque la punition met en péril l'estime
que l'élève a de lui-même.
De la punition aux conséquences logiques
L'application de conséquences logiques aux comportements
inappropriés des élèves devrait remplacer les punitions,
car elle entretient un lien logique avec le comportement, et a un rapport
avec la vie de tous les jours. Par exemple, récupérer le
temps perdu en travaillant ultérieurement (pendant une récréation)
est une situation que les adultes appliquent souvent. Il convient donc
que les enseignants réfléchissent aux comportements inadéquats
de leurs élèves ainsi qu'aux conséquences logiques
qu'ils peuvent créer (encadré ci-dessous).
| Encadré 2 -- Grille d'observation des conséquences
logiques (Archambault & Chouinard, 1996, p. 59)
Identifier les conséquences logiques que vous appliquez
à vos élèves à la suite de leurs comportements
inadéquats. La punition a pour fonction de sanctionner quelqu'un,
de lui donner une peine. Elle n'a pas pour but d'enseigner un comportement
approprié. Elle n'a pas de lien logique ou naturel avec le comportement
inadéquat. La conséquence logique poursuit un objectif d'apprentissage
où un comportement approprié est lié de façon
logique et naturelle au comportement inadéquat. Toutefois,
comme le précisent Lec et Lelièvre (2007), cette sanction ne peut
consister en un travail humiliant pour l'élève. La ligne de partage
entre "réparation" et traitement dégradant est en effet subtile :
est-il dégradant de demander à un élève de nettoyer des toilettes qu'il
aura taggées ? Pour ces auteurs, "une sanction dégradante serait une
sanction inhabituelle par sa nature et par là même susceptible de
signifier à l'élève qu'il n'est pas l'égal de ses pairs".
|
Voici quelques principes à respecter pour appliquer
des conséquences logiques (Archambault & Chouinard, 1996) :
-
tendre à banir la punition ;
-
faire suivre immédiatement le comportement
inadéquat de la conséquence logique ;
-
prévoir et annoncer dès le début
de l'année les conséquences logiques et les relier aux
règles de fonctionnement de la classe ou de l'établissement
;
-
éviter d'appliquer une conséquence logique
dans un moment d'émotivité (dans un accès de colère,
les risques de donner à un élève une punition disproportionnée
au comportement sont plus importants) ;
-
utiliser d'autres interventions (félicitations,
explications, etc.) en parallèle à l'application des conséquences
logiques. Le fait de continuer à travailler dans des conditions
les plus normales possibles avec l'élève ayant un comportement
inapproprié renforce auprès de lui l'idée que c'est
sont comportement et non sa personne que l'enseignant réprouve.
Il est donc important que l'enseignant se comporte normalement auprès
de lui ;
-
éviter de choisir des activités d'apprentissage
en conséquence (ou en punition) du comportement perturbateur,
il vaut donc mieux éviter de donner des copies ou devoirs supplémentaires
à l'élève perturbateur, qui, ainsi, apprend à
haïr la punition (écrire, faire des devoirs). Cela, au bout
du compte, convainc les élèves que ces activités sont
négatives, désagréables.
Ce que l'on peut faire
Compatibilité de la sanction avec le règlement
intérieur
Autre contrainte que doit respecter la sanction, la compatibilité
avec le règlement intérieur de l'établissement (nous
laissons le soin à l'enseignant de s'y reporter) ainsi qu'avec la
réglementation de l'éducation nationale. Récemment,
le Bulletin
officiel n°8 du 13 juillet 2000 reprenait cette réglementation.
Nous la résumons ci-dessous.
Principe de la légalité des sanctions
et des procédures : elles doivent être fixées dans
le règlement intérieur et peuvent faire l'objet d'un recours
administratif interne.
Principe du contradictoire : il est impératif
d'instaurer un dialogue avec l'élève et d'entendre ses arguments.
Les représentants légaux de l'élève sont informés
et peuvent être entendus s'ils le souhaitent. Toute sanction doit
être motivée et expliquée.
Principe de la proportionnalité de la sanction
: elle doit être graduée en fonction de la gravité
du manquement à la règle, doit mettre l'élève
en situation de s'interroger sur sa conduite.
Principe de l'individualisation des sanctions :
Toute sanction est individuelle, mais, dans certains cas, depuis la circulaire du 19 octobre 2004,
peut être collective.
On ne doit toutefois pas aller vers une "tarification des sanctions".
Cette dernière circulaire précise dans quelles conditions
:
- "S’il est utile de souligner le principe
d’individualisation de la punition ou de la sanction, il faut rappeler
qu’une punition peut être infligée pour sanctionner le comportement
d’un groupe d’élèves identifiés qui, par exemple, perturbe le
fonctionnement de la classe. Par ailleurs, dans le cadre de l’autonomie
pédagogique du professeur, quand les circonstances l’exigent, celui-ci
peut donner un travail supplémentaire à l’ensemble des élèves." (nous soulignons)
Ce document distingue la punition scolaire, qui est une
réponse immédiate à un comportement inadéquat
mineur, et qui est décidée par les personnels, de la sanction
disciplinaire, concerne les atteintes aux personnes et aux biens et manquements
graves, qui est du ressort du chef d'établissement ou du conseil
de discipline. Voici des exemples :
-
de punition (il n'est pas permis de
baisser la note d'un
devoir en raison du comportement d'un élève ; en revanche, un zéro ou
une retenue peuvent être donnés pour un devoir ou exercice non fait
sans excuse valable),
-
inscription sur le carnet de correspondance,
-
excuse orale ou écrite,
-
devoir supplémentaire assorti ou non d'une retenue,
-
exclusion ponctuelle d'un cours,
-
retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait, sans excuse valable.
de sanction disciplinaire :
-
avertissement,
-
blâme,
-
exclusion temporaire de l'établissement,
-
exclusion définitive de l'établissement assortie
ou non d'un sursis.
Autres documents
Les documents suivants peuvent donner d'utiles renseignements
pour tous ces problèmes d'attribution de sanction :
Références bibliographiques
Archambault, J., Chouinard, R. (1996). Vers une gestion
éducative de la classe. Montréal : Morin. [Un des meilleurs
ouvrages pratiques sur le sujet]
Bulletin officiel de l'éducation nationale n°
8 du 13 juillet 2000 intitulé "Procédures disciplinaires"
[http://www.education.gouv.fr/bo/2000/special8/proced.htm]
le Bulletin officiel de l'éducation nationale
BOEN n°
9 du 4 nov. 1999 intitulé "Repères pour la prévention
des conduites à risques" [http://www.education.gouv.fr/bo/1999/hs9/default.htm]
le Bulletin officiel de l'éducation nationale
BOEN n°
11 du 15 oct. 1998 intitulé "Lutte contre la violence en milieu
scolaire". [http://www.education.gouv.fr/bo/1998/archive.htm]
Bulletin officiel de l'éducation nationale BOEN n° 39 du 28
octobre 2004, section intitulée "Procédures
disciplinaires" [http://www.education.gouv.fr/bo/2004/39/MENE0402340C.htm]
Lec, F., & Lelièvre, C. (2007). Histoires vraies des violences à l'école. Paris: Fayard.
Document SAPEA, Séminaire d'analyse des pratiques
d'enseignement/apprentissage, IUFM de Grenoble
http://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/sanction.html