Le redoublement
Auteur : Françoise Campanale,
LSE & IUFM, Grenoble
Date de création : février 2006
Résumé : La France reste encore un
des
pays d’Europe où l’on redouble le plus. Ce document donne quelques
statistiques sur les pratiques de redoublement en France, en primaire
et secondaire, puis s'interroge sur son efficacité.
Dune façon générale,
le
redoublement a diminué ces dernières années mais le redoublement est
encore
très installé dans les pratiques et les mentalités comme un moyen
d’aide aux
élèves en difficulté scolaire voire comme un moyen de ne pas freiner
ceux qui
suivent (comme palliatif à une trop grande hétérogénéité).
« Entre 90 et 95, le redoublement au primaire augmente pour les deux classes de fin de cycle (CE1 et CM2) [6% au CE1 en 95 et 2,5% en CM2 en 95], mais il reste paradoxalement fermement installé dans les deux classes desquelles il aurait dû disparaître (CE2 [2,7%] et CM1 [1,9%]) » (Paul, 1996, p. 21). Les chiffres qui suivent sont tirés du même auteur. Un élève sur 5 redouble en primaire. 14% des élèves intègrent la 6e avec 1 an de retard et 37 % de ceux qui l’intègrent avec 2 ans de retard quittent le collège avant la 3e. Il en ressort que ceux qui redoublent ont moins de chances de réussite scolaire ultérieure que les élèves à l’heure.
Au collège, aujourd’hui, environ un élève sur 3 doit recommencer une année entre la 6e et la 3e. Ceux qui arrivent au collège avec un an de retard risquent davantage de redoubler que ceux qui arrivent à l’heure (44% contre 34%). Au collège les enfants d’ouvriers ou employés redoublent plus que les enfants des cadres supérieurs (40% contre 19%).
Au lycée, le taux de redoublement en seconde est assez stable ; on y redouble plus qu’en première et terminale. Il y a plus de redoublement en seconde générale et technologique (16,8%) qu’en seconde professionnelle (6,3%).
Deux tiers des enseignants sont favorables au redoublement. Trois quarts d’entre eux pensent que c’est une chance supplémentaire pour l’élève et ils proposent le redoublement en fonction d’un profil. Or quand on leur demande les motifs pour lesquels ils proposent le redoublement, en premier vient le manque de travail souvent associé à une situation familiale peu favorable à la réussite scolaire (manque d’aide, éclatement de la cellule familiale). On peut se demander si le redoublement peut changer cette situation.
Le redoublement
est-il
équitable (les élèves sont-il traités pareillement) ?
Pour proposer le redoublement, les enseignants s’appuient sur leurs notes, sans tenir compte du niveau général de la classe issu de tests standardisés. Ainsi un élève moyen dans une 6ème forte peut avoir des notes inférieures à la moyenne et se voir proposer un redoublement alors qu’un élève équivalent dans une 6ème plus faible aura des notes supérieures à la moyenne et passera en 5ème. Des recherches, en France et en Belgique, ont montré des écarts importants entre les résultas scolaires des élèves et ceux obtenus à des tests standardisés réalisés par des chercheurs. Outre l’effet du niveau général de la classe, les enseignants, comme l’ont montré les docimologues n’accordent pas la même pondération aux différents critères (pour certains l’orthographe est très importante, pour d’autres moins), diffèrent au niveau des indicateurs retenus pour un même critère, et leur notation est soumise à différents effets parasites qui agissent à leur insu (Merle, 1998). On peut donc en conclure qu’une grande part d’arbitraire intervient dans les décisions de redoublement.
De plus les familles ne sont pas à égalité face à une proposition de redoublement, certaines sauront argumenter en faveur du passage, d’autres accepteront comme fatalité le redoublement ou l’orientation vers une filière professionnelle. « Un enfant de famille ouvrière doit avoir une note de 14 en 5e pour que sa famille ait à son égard la même demande en matière de redoublement qu’une famille de cadre supérieur pour un enfant qui n’aurait qu’une note de 8 à ce niveau » (Paul, 1996, p. 90). Les familles de cadre supérieur étant beaucoup plus persévérantes.
On peut en conclure que le redoublement n’est pas équitable.
Le redoublement
est-il
efficace ?
En fait les statistiques montrent que le redoublement n’est pas efficace puisqu’il ne permet pas la poursuite d’un cursus long et qu’il pénalise surtout les élèves travailleurs en difficulté moyenne.
A l’école primaire, les redoublants progressent moins vite que les faibles qui n’ont pas redoublé. Le redoublement n’est pas efficace.
Au collège, en analysant les résultats des évaluations nationales (6e et 5e), on constate que les élèves faibles qui ne redoublent pas ont réalisé les mêmes acquisitions que ceux qui font le cycle d’observation en 3 ans. Toutefois, des élèves peu en difficulté en 5e et qui redoublent obtiennent ensuite des résultats sensiblement meilleurs que leurs homologues qui n’ont pas redoublé.
« L’impact d’une année de redoublement en termes de progression des acquisitions est donc rarement positif. Il est négatif (en 6e) et neutre (en 5e) pour les élèves les plus faibles ; il est neutre (en 6e) et légèrement positif (en 5e) pour les élèves les moins handicapés ». (Paul, 1996, p. 86). Le redoublement pèse négativement sur les décisions d’orientation scolaire. « L’ensemble des élèves dont on a décidé le redoublement en 5e aurait eu de sérieuses chances de connaître une 4e sanctionnée positivement » (id. p. 87).
C’est au niveau de la 3e que le redoublement apparaît le plus rentable.
Ajoutons, que le
redoublement
affecte négativement l’image que les élèves ont d’eux-mêmes et que leur
famille
leur renvoie. L’effet ponctuellement positif d’un redoublement s’efface
avec le
temps, et ceux qui ont un an de retard, seront jugés plus sévèrement
par les
enseignants ultérieurs (l’effet d’étiquetage et effet Pygmalion).
« Le redoublement se révèle d’une efficacité douteuse en termes d’acquisitions scolaires ou d’orientation » (Paul, 1996, p. 96).
« « Il semble établi désormais que le fait de répéter une année et, partant, de recommencer la totalité d’un programme de cours n’aide pas les élèves en difficulté à surmonter les obstacle qui les empêchent de réussir honorablement à l’école. (…) Si le redoublement ne constitue pas un moyen pour venir en aide aux élèves en difficulté, il paraît opportun de chercher d’autres moyens pour résoudre cet important problème » (Crahay, 2004, p. 22).
Le redoublement est
un indicateur
d’un niveau d’acquisitions insuffisant et non un remède pédagogique
efficace. Il
a un coût et son financement pourrait être utilisé différemment pour du
soutien
différencié par exemple.
Remarque :
Pour les activités de soutien : Une étude de D. Bonora et J.
Hornemann
(1994)
citée
par Paul (1996) montre que les dispositifs d’aide récemment instaurés
sont
surtout bénéfiques dans les collèges défavorisés. Les plus efficaces
sont
surtout le soutien individualisé concernant les méthodes de travail
(tenue du
cahier de textes, apprentissage des leçons, compréhension d’un énoncé,
présentation
des travaux écrits, utilisation du dictionnaire) et l’incitation à la
lecture.
Finalement la recommandation des chercheurs est de viser dans ces
séances des
objectifs scolaires très traditionnels.
Pour un établissement comme organisation apprenante qui non seulement permette aux élèves d’apprendre mais joue aussi ce rôle pour ses personnels, notamment les enseignants.
Références
bibliographiques
BONORA, D.,
HORNEMANN, J.
(1994). Influence des modes de fonctionnement du collège sur la
progression et l’orientation des élèves au cycle d’observation. Les dossiers Education et Formations,
40, mars, 83-103.
CRAHAY
Marcel (2004). Peut-on conclure à propos des effets du
redoublement ? Revue
Française de Pédagogie, 148,11-23
CRAHAY
Marcel (2004). L’école en Europe, des conceptions divergentes. Sciences
Humaines, n° 152 bis, 6-8.
MERLE
Pierre (1998). Sociologie de l’évaluation
scolaire. Paris : PUF, Que sais-je ? n°3278.
PAUL
Jean-Jacques (1996). Le redoublement : pour ou contre ? Paris : ESF.