Se préparer à l'entretien oral (1re partie) du CRPE
Auteurs : Philippe Dessus & Pascal Ramon, IUFM Grenoble
Date de création : Février 2010.
|
Résumé : L'épreuve orale
de l'entretien (1re partie) est, comme toute épreuve de concours, une
séance évaluative dans laquelle il est nécessaire de paraître sous son
meilleur jour. Il importe donc de comprendre ce que les jurés attendent
des candidats. Ce texte essaie de faire le point sur ce que recherchent
les jurés pendant les épreuves et de donner des conseils de
préparation.
|
Cette création est mise à disposition sous
un contrat
Creative Commons.

|
Ce que l'on sait
L'épreuve orale
de l'entretien (1re partie) est, comme toute épreuve de concours, une
séance évaluative dans laquelle il est nécessaire de paraître sous son
meilleur jour. Il importe donc de comprendre ce que les jurés attendent
des candidats. Ce texte essaie de faire le point sur ce que recherchent
les jurés pendant les épreuves et de donner des conseils de
préparation. Ce n'est pas un document méthodologique sur la manière de
rédiger un exposé ou une problématique, mais plutôt un document
permettant à tout candidat de faire le point sur ce qu'on peut attendre
de lui (elle) dans cette épreuve difficile. Dequiré (2008) a étudié
cette question. Elle a fait passer un questionnaire à 190 membres de
jurys à cette épreuve. Elle montre les éléments suivants. Tout
d'abord, et ce n'est pas surprenant, les attentes des jurés sont
différentes selon leur fonction (voir Tableaux I & II).
Ensuite (même si tout le monde ne partage pas cette opinion) cette épreuve peut être vue comme une simulation (un simulacre) de ce que pourrait être un cours devant des élèves. Cela rend d'ailleurs l'épreuve d'autant plus difficile que son contenu, manifestement, n'est pas un cours et ne doit pas en être un. Les qualités de communication (clarté, pertinence) des candidats seront ainsi jaugés « comme si » cette personne faisait un cours. Dequiré (2008, p. 273) cite un juré qui exprime très bien cela :
« Elle [cette
épreuve] me paraît intéressante parce que ça nous permet véritablement
de déceler les gens qui viennent en touriste, les gens qui ont beaucoup
de mal à communiquer, ceux qui n'ont pas les qualités personnelles pour
être un bon enseignant et qui sont passés à travers des épreuves
écrites. »
Pour garantir un traitement égal entre les candidats, des réunions
d'harmonisation sous la direction des présidents de jury ont lieu en
amont des entretiens. Néanmoins, la dynamique de communication qui se
met en place entre les jurés et un candidat dépend profondément de
variables locales. Par exemple lors d'une simulation a été posée la
question « Est-ce que vous distinguez les objectifs de l'évaluation ? » (Ramon & Heulot, soumis à publication, p. 8), le juré précisant : « parce que dans votre dernière phrase [les deux mots] sont présents ». Or le candidat a prononcé « notion » et non « évaluation » ; son interlocuteur, concentré sur une autre tâche en parallèle, a tout simplement mal entendu.
Ce qui se joue dans l'épreuve
Qu'est-ce qui se joue vraiment dans cette épreuve ? Se
jouent des rapports complexes, que Ramon (soumis à publication, citant
Veyrunes & Gal-Petifaux, soumis à publication), décrit ainsi : les
jurés évaluent de manière plus ou moins consciente si le comportement
(autant verbal que non verbal) des candidats est conforme à leur
attente, ou bien s'il en diverge, et dans quelles proportions. Ce
comportement est en partie orienté par un but, qui peut être également
deviné par l'autre protagoniste. Pour compliquer un peu la situation,
chaque juré doit, de plus, comprendre les buts de son collègue : ils
peuvent également se trouver dans un état de divergence, ce qui peut
plonger le candidat dans une situation encore plus délicate. Plus
précisément, les situations ci-dessous peuvent survenir.
Comportement et
buts du candidat = Comportement et buts des
jurés
=> Convergence manifeste
But du candidat = But des jurés ; Comportement du candidat ≠ Buts des jurés => Convergence a minima
But du candidat ≠ But des jurés ; Comportement du candidat = But des jurés => Divergence a minima
But
du candidat ≠ Comportement et buts des jurés
=> Divergence manifeste
Le candidat a donc à la fois, au travers le comportement des jurés, à
deviner leurs buts et attentes et à agir en conséquence. Cette action,
en retour, sera interprétée par les jurés, qui pourront (ou non) la
trouver appropriée. Un candidat maximise ses chances de réussir
l'épreuve en maintenant la relation dans un état de convergence.
À noter que les conduites
sanctionnées par les jurys (comme l'agressivité) surgissent souvent
chez des candidats qui sous-estiment l'incertitude liée aux situations
de communication, et tirent des conclusions hâtives quant aux
intentions de leurs interlocuteurs. Ainsi lors d'une simulation, une
candidate lit sur le visage d'un juré une validation de ses propos,
mais ce dernier explique en commentant la vidéo : « j'acquiesce... la
réponse ne me satisfait pas, mais je garde [la candidate] en confiance
» (Ramon & Heulot, soumis à publication, p. 7). Quelques instants
plus tard, sa collègue laisse échapper un petit rire, et la candidate
est persuadée qu'on se moque d'elle, alors qu'en réalité le juré
exprime par son rictus une gêne liée à la difficulté des questions
posées, et ressent une forme de solidarité vis-à-vis de la candidate,
qu'elle plaint. En quittant la salle, la candidate pense qu'elle va
être défendue durant la délibération par le juré ayant acquiescé et
critiquée par celui qui a ri, mais c'est exactement l'inverse qui se
produit.
Les qualités recherchées chez les candidats
Voici ce qu'exprime un juré de cette épreuve sur les aptitudes des candidats, et les qualités recherchées.
« L'oral est
vraiment très spécifique et l'école ne prépare pas les élèves à la
capacité de tenir un discours face à un public, structuré, assez long.
Parfois, en quelques minutes les candidats ont terminé leur exposé. Ils
sont parfois assez longs à développer une pensée, à tenir le temps, et
donc les étudiants qui ont eu la chance soit par leur milieu soit par
leurs études, soit par leur vie [...] à être attentif aux réactions
d'un jury, à abonder dans le sens, être attentif à la parole du
dominant [...] Il y a des jeunes qui sont très mal à l'aise, très peu
sûrs d'eux, qui ne maîtrisent pas leur souffle, qui bafouillent. Je pense
qu'ils ne sont pas à égalité des chances avec quelqu'un qui a eu des
responsabilités, qui était dans une association. Je crois qu'ils n'ont
pas les même chances et que pour un jury, c'est difficile alors de se
trouver devant quelqu'un qui a plein de potentialités mais qui est
handicapé sur le plan de la communication orale. » (Dequiré, 2008, p.
248)
Cela ne veut bien sûr pas dire que seules comptent les aptitudes à communiquer,
quelles que soient les connaissances mises en avant.
Tableau I — Principales attentes (critères positifs) des jurés à
l'épreuve d'entretien oral du CRPE (sur le profil et les compétences
attendues), d'après Dequiré (2008, pp. 196–197), classés par
pourcentage d'accord décroissant. IEN : inspecteur de l'éducation
nationale ; CP : conseiller pédagogique.
|
Principales attentes positives (profil du candidat) (via questionnaires N = 190)
|
%
|
bonnes qualités d'expression et communication
bonne connaissance du système éducatif et culture générale solide (IEN)
bonne capacité d'écoute et de réflexion (IEN)
ouverture d'esprit (CP)
bonne capacité à rentrer en contact avec le jury (CP)
|
20%
14%
10%
9%
8%
|
|
Principales compétences attendues (via entretiens semi-directifs, N = 40)
|
|
Qualité de l'argumentation (clarté, concision, justification)
Connaissances sur le futur métier et projection du candidat
Elocution, bonne communication
|
50%
50%
38%
|
Tableau II — Principaux critères "de refus" des jurés à l'épreuve d'entretien oral du CRPE, d'après Dequiré (2008, p. 198–201), classés par pourcentage d'accord décroissant (sur 190 jurés).
|
Principaux critères "de refus" (via questionnaires, N=190)
|
%
|
Mauvaise qualité d'expression et de communication
Agressivité envers le jury
Inculture
Méconnaissance du système éducatif
Manifestation de préjugés racistes
|
25%
23%
22%
18%
17%
|
|
Principaux critères de "refus" vérifiés dans l'exposé (via questionnaires, N=190)
|
|
Incapacité à comprendre le contenu du dossier
Manque de structuration de l'exposé
Non-réponse aux questions posées
Absence de problématique
|
73%
58%
55%
36%
|
|
Principaux critères de "refus" vérifiés dans l'entretien (via questionnaires, N=190)
|
|
Prises de position inadaptées et dangereuses
Incapacité du candidat à communiquer avec le jury
Expression confuse et mauvaise maîtrise de la langue française
Agressivité/désinvolture
Inculture
|
59%
42%
42%
39%
33%
|
Ce que l'on peut faire
Après avoir brossé ce tableau sur les attentes des jurés, que
peut-on faire pour se préparer au mieux à cette épreuve difficile ? Les
points suivants permettent de dégager des stratégies individuelles.
1. L'épreuve orale 1 du CRPE a un programme vraiment très étendu.
Aucune préparation en un an (ni même, sans doute, en 20) ne peut
permettre à un étudiant qui la suivrait de pouvoir répondre, du tac au
tac, à chaque question posée à l'entretien, à chaque proposition,
terme, notion des dossiers pouvant être proposés. D'ailleurs, la
section précédente montre que, si le contenu a son importance, les
capacités de communication des candidats en ont une plus grande encore.
Il s'agit donc d'actualiser sa représentation de l'entretien, en ne le
voyant plus comme une simple occasion de restituer des connaissances
mais comme une épreuve mettant en jeu la capacité à s'adapter.
2. C'est une épreuve orale, d'où une importance très grande
donnée au dialogue, à l'argumentation, voire la controverse. Comme
exprimé plus haut, cette épreuve permet de repérer des candidats qui
auraient donné le change lors des épreuves écrites. Ces compétences ne
s'acquièrent pas en lisant des fiches ou en bachotant, mais en
participant activement soi-même à des dialogues, des questions, des
argumentations, des controverses. Il est donc essentiel de s'y préparer
en ce sens.
3. Corollaire des points précédents, ce qui est attendu du candidat est
: a) des capacités de compréhension des textes b) des connaissances
basiques sur l'éducation et le système scolaire c) une certaine
pratique (liée au stage) et réflexion sur cette pratique d) la capacité
à se projeter dans le futur métier e) la capacité à dialoguer avec le
jury comme un futur enseignant. Ainsi, plutôt que de se préparer
à bachoter et apprendre par coeur des fiches (ce qu'il est toutefois
possible de faire en plus), il est utile que l'étudiant se crée des
situations (les plus proches possible) de ce qui va être vécu pendant
l'épreuve. Apprendre par cœur des contenus de fiches amènent des
réponses "standard" qui, à force d'être répétées devant des jurés, peut
rendre les choses lassantes pour eux (p. ex., les propositions
suivantes répétées trop souvent : "l'élève est au cœur des
apprentissages", "ne pas confondre autorité et autoritarisme", "faire
émerger un conflit socio-cognitif"). Une préparation plus poussée à
l'argumentation fera que la candidate sortira de ces sentiers battus, ce qui sera en général apprécié du jury.
4. D'un point de vue plus général, et implicitement, le candidat
postule à un métier. Il est donc attendu que sa future insertion dans
ce métier soit la moins problématique possible. Plus le comportement de
la candidate sera conforme au comportement typique d'une enseignante,
plus les jurés auront tendance à l'accepter et à l'évaluer
positivement. Plus ce comportement sera divergent, moins l'évaluation
sera satisfaisante. En d'autres termes, il est attendu que la candidate
puisse s'insérer, plus tard, dans ce que Wenger (1998) appelle une «
communauté de pratiques » et cette épreuve en est l'un des premiers
prédicteurs.
Analyse de pratiques
- Parcourez et analysez les rapports de jury de cette épreuve
à la recherche de critères positifs et négatifs (voir aussi tableaux I
et II). Accessibles à : http://www.education.gouv.fr/cid4413/rapports-de-jurys.html
-
Lisez les critères d'acceptation/refus des tableaux I et II. Projetez
votre propre performance sur ces critères et essayez de voir comment
vous améliorer.
-
Réalisez un "audit d'enseignant", à la manière décrite dans le document SAPP suivant : "Devenir un enseignant réflexif critique", en complétant les propositions suivantes :
-
Par rapport au début de l'année, et à propos du métier d'enseignant, je sais maintenant que...
-
Par rapport à l’année/trimestre dernier(ère), je suis maintenant capable de (activités liées à l'enseignement)...
-
Par rapport à l’année/trimestre dernier(ère), je pourais maintenant montrer à un collègue comment (activités liées à l'enseignement)...
-
La chose la plus importante que j’ai apprise à propos de ce qu'est un élève, est...
-
La chose la plus importante que j’ai apprise à propos de ma (future) manière d’enseigner, est..
-
Les choses que je savais à propos d’enseignement et d’apprentissage et qui ont le plus été confirmées sont que...
-
Les choses que je savais à propos d’enseignement et d’apprentissage et qui ont le plus été questionnées sont que...
-
À partir de ce qui se joue du point de vue des comportements et
préoccupations des protagonistes de cette épreuve, essayez, pour chaque
situation décrite dans la section "Ce qui se joue" d'en trouver des
exemples.
- Dans vos stages en école, pensez à observer les
enseignants et à comprendre leur manière de penser. Si vous arrivez à
bien la comprendre, alors vous pourrez mieux vous projeter dans ce
métier.
- Relisez de près la section "ce que l'on peut faire"
et, pour chaque item, formulez des stratégies pouvant vous aider à
mieux faire face à cette épreuve.
Références bibliographiques
Ouvrages et articles de référence
Dequiré, A.-F. (2005). Essai d'analyse sociologique des critères de sélection au concours de professeur des écoles. Lille: Thèse en sciences de l'éducation accessible à http://documents.univ-lille3.fr/files/pub/www/recherche/theses/DEQUIRE_Anne-Francoise.pdf
Dequiré, A.-F. (2008). La sélection des professeurs des écoles. Paris: L'Harmattan.
Ramon, P., Heulot, C. (soumis à publication). Les simulations orales
dans les préparations aux concours de recrutement d'enseignants.
Veyrunes, P. & Gal-Petitfaux, N. (soumis à publication). The recitation script in a primary school geography class: viability of a collective activity configuration.
Wenger, E. (1998). Communities of practice: Learning, meaning and identity. Cambridge: Cambridge University Press.
Ressources internet
Ressources bibliographiques pour préparer l'épreuve orale : http://webu2.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/pedape1.html
Document IUFM de Grenoblehttp://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/oralcrpe.html