Aperçu des systèmes éducatifs européens
Auteur :
Ph.
Dessus, IUFM & LSE Grenoble
Date de création : décembre 2004.
Résumé : Il peut être
utile, pour un enseignant, d'avoir des moyens de comparer le
système éducatif (centré ici sur le primaire) de
son pays avec ceux d'autres pays, notamment européens. Il
s'apercevra qu'ils diffèrent notablement, selon les rythmes
scolaires, la sélectivité de l'orientation, les
priorités en termes d'acquisition de connaissances.
Ce que l'on sait
Pour
Legendre (1993, p. 1222), un système d'éducation est "un
ensemble plus ou moins intégré d'institutions
(système scolaire, famille, groupes religieux, médias,
bibliothèques, musées, associations, etc.), de
structures, de législations, de finalités, d'objectifs,
de programmes, de méthodes, d'activités, de modes de
fonctionnement ainsi que de ressources humaines, matérielles et
financières dont se dote une société pour offrir
à ses membres les services et les ressources nécessaires
au développement de leurs habiletés et de leurs
connaissances". Ainsi le système d'éducation est plus
large que le système scolaire, et comprend toutes les
manières parallèles de pourvoir à
l'éducation des enfants dans une société. Il
dépend de nombreux facteurs : économiques,
géographiques, philosophiques, culturels, politiques ou
même religieux. Nous allons nous intéresser ici aux
systèmes scolaires.
Pour Foerster (2000), il existe, en Europe, quatre types de
systèmes scolaires.
- L'école unique des pays
scandinaves (Suède, Norvège, Islande, Danemark,
Finlande), où tous les élèves, de 7 à 16
ans, suivent le même cursus en primaire et collège, dans
une école unique, la Folkeskole,
dans le même groupe-classe, avec le même professeur
principal, mais des enseignants différents dès le
primaire. Le redoublement est inconnu, et 95 % des
élèves obtiennent un diplôme en dernière
année de ce cycle.
- Le type sélectif des
anglo-saxons
(Grande Bretagne), cette fois, la continuité est plutôt
recherchée dans le secondaire, et 10 % des élèves
sont scolarisés dans des Grammar
Schools (établissements
privés), sélectives. Les anglo-saxons, comme les
scandinaves, privilégient l'acquisition de l'autonomie à
celle des connaissances (voir le système latin). Par exemple,
ils auront tendance à mettre en avant les progrès des
élèves indépendamment de leur niveau initial
(Abboudi, 1997).
- Le type germanique,
différencié
(Allemagne, Autriche, Suisse, Pays-Bas, Luxembourg), qui comprennent
une orientation différenciée très tôt des
élèves en trois filières : le Gymnasium (30 % des
élèves), menant à des études
universitaires, la Realschule,
menant à des études supérieures non universitaires
et une formation professionnelle courte, les Hauptschulen.
Il faut noter toutefois que l'image sociale des élèves
provenant de cette dernière filière est bien meilleure
que celle équivalente des pays latins.
- Le type latin,
privilégiant l'acquisition des connaissances
(France, Italie, Espagne, Grèce), caractérisé par
une attention plus importante à l'acquisition des savoirs et
connaissances : ainsi, le système de contrôle des
connaissances, des examens, des notes y a une part plus importante que
dans les autres systèmes, ainsi que la présence du
redoublement.
Rythmes scolaires
Dans la plupart des pays européens (Foerster, 2000), les
élèves de primaire fréquentent l'école de 5
à 6 jours par semaine, mais des différences importantes
apparaissent sur la fréquentation à l'année en
primaire : 600 h/ an dans les pays scandinaves et en Grèce, pour
plus de 800 dans les pays latins, en Belgique et Luxembourg (à 7
ans). Dans le secondaire, ces différences s'estompent. Il existe
aussi des différences importantes dans le nombre de jours de
classe par ans, et la France est l'un des pays où ce nombre est
le plus bas (180 jours/an, pour près de 200 en Allemagne,
Grande-Bretagne, Danemark, Italie).
Comment ces données peuvent influer sur les performances des
élèves ? L'intéressante étude de Testu
(1994) répond à cette question.
Il montre notamment que l'organisation du temps scolaire n'influe
pas sur les niveaux d'attention des élèves
d'élémentaire, et que les performances scolaires des
élèves au cours de la journée évoluent de
la même manière quel que soit leur pays. En revanche, la
vigilance des élèves de 6-7 ans n'est pas la même
selon les jours de la semaine : elle croît tout au long de la
semaine, avec un faible creux le jeudi pour les semaines de cinq jours,
et avec un fort creux le vendredi pour les semaines à la
française (pas classe le mercredi et samedi après-midi).
Ces différences s'estompent pour les élèves de
10-11 ans.
Performances
des élèves
Les
performances des élèves français sont plutôt
meilleures, comparativement à ceux d'autres pays, en
mathématiques ; moyens en lecture et sciences. Cela
étant, il existe peu d'études, hormis en lecture,
à propos des élèves du primaire (DEP 2004).
Concernant les performances en compréhension de l'écrit
des élèves en fin d'élémentaire (âge
moyen, 10;6 ans), la France se situe dans la moyenne des autres pays
occidentaux, la Suède, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, les
USA, l'Italie, l'Allemagne et la République Tchèque ayant
des élèves aux performances statistiquement plus
élevées (OCDE 2003). Concernant les performances en
mathématiques et culture scientifique des élèves
de 15 ans (OCDE, 2003 d'après PISA, 2000), les
élèves français ont des performances qui les
placent dans le groupe de tête, bien qu'à la
dizième place.
Egalité des systèmes scolaires
Il faut aussi s'interroger sur le caractère plus ou moins
égalitaire des systèmes scolaires. Les études sur
ce sujet (voir Dupriez & Dumay, 2004) montrent que l'idée
que sélection rime avec efficacité est un mythe : les
systèmes différenciant plus tôt les cursus
(Allemagne, Autriche, Suisse, Luxembourg, Pays Bas) sont à la
fois moins efficaces et plus inégalitaires que les autres (pays
scandinaves). De plus, Dupriez et Dumay montrent que cette
inégalité n'est pas liée à une
inégalité sociale, mais bien propre au système
scolaire du pays.
Références
Abboudi, M.-C. (1997). Enquête
internationale sur le fonctionnement des écoles
élémentaires. Paris : DEP, coll. Les
dossiers d'éducation et formations, n° 85.
DEP (2004). Regards sur le
système éducatif français. http://www.education.gouv.fr/stateval/regards/index.htm
Dupriez,
V. & Dumay, X. (2004). L'égalité dans les
systèmes scolaires : effet école ou effet
société ? Les Cahiers
du GIRSEF, 31. http://www.girsef.ucl.ac.be/Cahiers_CREF/031cahier.pdf
Foerster, C. (2000). Étude comparée
des systèmes éducatifs européens : approche
pédagogique, enjeux communs
et particularités. Actes du colloque « Les
systèmes éducatifs en
Europe : Approche juridique et financière »
(pp. 15-42).
Barcelone : AAC.
Legendre, R. (1993). Dictionnaire
actuel de l'éducation. Montréal/Paris:
Guérin/Eska.
OCDE (2003). Regards sur
l'éducation. Les indicateurs de l'OCDE. http://www.sourceocde.org/data/cm/00011536/9603062E.pdf
Testu, F. (1994). Étude
des rythmes scolaires en Europe. Paris : D.E.P., coll. Les
dossiers d'éducation et formations, n° 46.
Document SAPEA, Séminaire d'analyse des
pratiques
d'enseignement/apprentissage, IUFM de Grenoble
http://www.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/euroeduc.html