Thème
Si l'idée d'objet est bien présente dans la philosophie antique, son énoncé procède alors de périphrases. Le mot n'apparaît, sous sa forme latine, qu'au XIIIème siècle, celui de la grande pédagogie scolastique. Dérivé d'objicere -jeter devant, placer devant, exposer à la merci de, opposer- le substantif neutre objectum va connaître une grande fortune dans la philosophie médiévale (Robert Grosseteste, Thomas d'Aquin, Oresme...). En plaçant la possibilité du connaître sous la double juridiction du sujet et de l'objet, Kant va donner au concept d'objet une puissance dénotative nouvelle (à ce propos, rappelons la dette de Piaget à son égard). La langue est ici décisive. Là où le français ne dispose que d'un seul mot, l'allemand en a deux -Objekt et Gegenstand- auxquels Kant va ajouter Ding an sich (la chose en soi) et Erscheinung (le phénomène). Bien entendu, l'histoire des modes d'émergence du concept d'objet ne s'arrête pas là. Le refus de la "chose en soi" par Husserl ainsi que sa conception de l'objectivité intentionnelle, le relativisme ontologique d'un Quine, le scepticisme d'un Wittgenstein à l'endroit du mot objet, la querelle entre Meinong, Husserl et Russell, pour ne citer que quelques protagonistes majeurs, confirment, s'il en était encore besoin, la difficulté d'appréhension du concept d'objet.
Concernant l'enseignement, de nombreuses questions se posent à son propos. En physique, en mathématique, en technologie, les didactiques prennent-elles vraiment en compte la difficulté des élèves vis-à-vis des statuts et des rôles des objets dans chacune de ces disciplines ? Par exemple, le débat sur les objets est-il clos au point que nous n'ayons pas à revenir sur le platonisme mathématique (platonisme pur ou paradoxalement dit réaliste) auquel sont confrontés les élèves apprenant cette discipline ? La synthèse entre schèmes et mécanismes dans le processus de concrétisation qui porte l'objet technique à exister (Simondon) ne lui confère-t-elle pas un statut éminent et pourtant encore mésestimé par l'institution éducative ?
Du point de vue de la psychologie, l'objet, arrimé à ses composés tant matériels que symboliques, participe des processus de catégorisation, essentiels dans la genèse de l'intelligence. Par ailleurs, sous la contrainte du symbolique, ne peut-on considérer tout ce qui fonde l'unité du désir et de sa " réprime " comme un travail à quoi concourt la clinique, si l'objet est cela seul vers quoi tend la pulsion en dehors du moi ?
Enfin, dans les diverses socialités du quotidien, du travail industriel ou de service, l'objet s'incarne sous la double figure active de l'objet-qui-autorise et de l'objet-qui-fait-obstacle. En quoi une telle dualité est-elle imputable aux processus de conception (industrielle et autres) qui actualisent des projets via des modèles, mixtes de virtuel, de possible et de réalité ?
On aura donc compris que notre séminaire pluridisciplinaire convie celles et ceux qui usent du mot objet dans leur domaine de recherche à présenter leurs thèses et leurs points de vue à son "sujet".
Ouvrage
Le 3ème séminiaire DU MOT AU CONCEPT consacré au mot "objet" à donné lieu à la publication d'un ouvrage aux Presses Universitaires de Grenoble.
Programme
Jeudi 6 juillet 2006
Vendredi 7 juillet 2006