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Cette thèse questionne la source de la légitimité monétaire à partir du cas de la première monnaie ottomane, l'aspre entre les XIVème et XVIIème siècles. Elle montre que la monnaie est liée, de par sa nature même, au projet collectif qui l'a créé, c'est-à-dire aux valeurs de la communauté dans laquelle elle circule. Ce résultat est obtenu en posant la question de la légitimité de la monnaie comme suit : comment se boucle le circuit d'une monnaie ? L'analyse du circuit de l'aspre, à travers les contraintes qu'il fait peser sur les comportements des membres des différents groupes, et les contraintes qui pèsent sur lui, aboutit à une monnaie liée non pas aux échanges commerciaux mais à la répartition du surplus. Cette monnaie fiscale sert l'instauration d'une autorité étatique d'une part par la création d'une armée centrale permanente composée de soldats salariés, et de l'autre par l'établissement d'une fiscalité centralisatrice. Elle n'homogénéise pas les objets à échanger mais les hommes sur une échelle fiscale, ne comptabilise par la richesse mais la dette et appartient à une société hiérarchisée et non pas à une communauté d'échangistes libres et égaux. La thèse montre que l'expansion des relations monétaires se fait sous la contrainte des obligations fiscales. L'aspre est différente d'une monnaie marchande en ce qu'elle est incapable de constituer un capital privé, sa reproduction dépendant de son engagement perpétuel dans un certain nombre de relations constitutives d'un ordre politique porteur d'un projet de développement par l'expansion militaire et où le marché ne tient qu'une place subordonnée. Les gains liés à la monétarisation de ces relations sont partagés par le Sultan avec les guerriers salariés rendus ainsi capables d'adopter des comportements stratégiques qui font évoluer le système des rapports sociaux dans le sens d'une prépondérance des rapports d'argent et de marché. La crise de l'aspre est alors due à l'arrêt des conquêtes militaires et à son impuissance au sein du nouveau projet d'expansion commerciale européenne véhiculé dans l'empire ottoman par les épargnants rentiers ou salariés de l'Etat " d'ancien régime " et qui affronte victorieusement le pouvoir du Sultan. "Legitimacy and crisis of the asper, the earliest Ottoman money, XIVth-XVIIth centuries", Abstract. The question of the legitimacy of money may be posed in this way: how is the money circuit completed? The analysis of the circuit of the asper, the Ottoman money, through the constraints it places on the behaviour of different social groups and through the constraints that weigh in turn, on it, reveals a currency that leads the distribution of surplus as opposed to trade. The fiscal money homogenizes people rather than goods, records debt rather than wealth, and is to be found in a hierarchical society rather than a community of free and equal traders. It is different from market money in as much as it doesn't constitute private capital. The reason for this is that it needs to be perpetually engaged in those relations, which constitute a political order based on permanent military expansion and where the market occupies a secondary position. The distribution of the centralized revenues by the Sultan to his hired mercenaries at first makes it possible for them to adopt strategical behaviours, which subsequently raise the importance of money and trade relations within the social system. The crisis of the asper is then due to the new European commercial expansion brought into the Ottoman Empire by the beneficiaries of the old regime and which victoriously challenges the power of the Sultan.
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