Décharges électriques des Mormyres
Les poissons de la famille des Mormyridae, ou mormyres, appartiennent à
près de 200 espèces différentes, dont la plus connue
est le poisson-éléphant Gnathonemus petersii, connu
pour son barbillon qui rappelle une trompe. Ils vivent tous dans les eaux
très douces d'Afrique tropicale. Ces poissons possèdent à
la base de la queue un organe électrique qui produit des décharges
qui se présentent sous la forme d' impulsions
extrêmement brèves (moins d'une milliseconde, moins qu'un
potentiel d'action nerveux) répétées avec un
rythme variable sans interruptions de
plus d'une seconde, sauf en cas de stress. Pour un poisson donné,
la forme de l'impulsion de la décharge est constante sur la journée
ou sur l'année, et présente des caractéristiques propres
à son espèce, parfois à son âge ou à son
sexe, en particulier pendant la saison de reproduction. Les décharges
se suivent en séquences stochastiques, c'est-à-dire que
l'intervalle de temps qui sépare une impulsion de la
précédente varie de façon partiellement imprévisible.
Nous mesurons en millisecondes cette durée de l'intervalle
inter-impulsion, afin de caractériser ces rythmes et d'évaluer
l'importance qu'ils peuvent avoir pour porter de l'information.
Figure 1 : Impulsion électrique du poisson éléphant, Gnathonemus petersii
Abscisse : Echelle des temps de la figure 1 (= 4000 fois l'échelle
de la figure 2)
Ordonnée : amplitude, différence de potentiel -
Polarité de référence : tête positive.
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Enregistrée avec deux électrodes, la courbe monte lorsque
l'électrode placée plus près de la tête devient
plus positive que celle placée plus près de la queue. Le signal
s'inverse si le poisson se retourne. La valeur absolue de l'amplitude, mesurée en volts, est difficile à connaître à la source. Il faut pour cela sortir les poissons de l'eau et poser les électrodes à son contact. Dans ces conditions, la décharge est souvent déformée. Ordre de grandeur : entre 5 et 20 volts. Lorsqu'on la capte avec des électrodes placées dans un aquarium, ou telle qu'elle est perçue par un autre poisson, son amplitude baisse en fonction inverse du cube de la distance. Ordre de grandeur : entre 1 et 200 millivolts. |
Figure 2 : Chronogramme, et test de séquençage d'inégalités.
Chronogramme :
Abscisse : Echelle des temps de la figure 2 (= 1/4000 l'échelle
de la figure 1). Les impulsions (en haut, en vert) se suivent dans le temps
séparées par des intervalles qui forment un rythme,
représenté par une suite de points.
Ordonnée : Durée de l'intervalle inter-impulsion
Ces points sont placés en reportant en ordonnée (échelle
logarithmique), pour chaque impulsion, la durée de l'intervalle qui
la sépare de la précédente. Si les intervalles sont
courts (cadence rapide, fréquence élevée), les points
se suivent de près et sont placés bas. A l'inverse, si les
intervalles sont longs, les points sont écartés et placés
haut.
Dans cette représentation, la mesure de l'amplitude, supposée
constante à la source, n'intervient pas.
Test de séquençage d'inégalités
La durée de chaque intervalle est comparée à celle de
l'intervalle précédent : supérieure (+) ou inférieure
(-) ou égale (=). A une séquence d'intervalles (ex : 512ms,
520ms, 519ms, 95ms...) est ainsi associée une séquence de
variations d'intervalles (+, -, -, ...) formant des combinaisons qui peuvent
être quantifiées, par exemple les tétragrammes : (----)
(---+), (--+-), (--++), etc. Selon les cas, telle ou telle combinaison peut
apparaître statistiquement de façon plus abondante.