Thèse de Solène Kalénine

Thèse


Présentée en vue de l'obtention du

Doctorat de Psychologie Cognitive


Par

Solène Kalénine


Soutenue le 3 décembre 2008



Mécanismes de formation des concepts d'objet : rôle de la perception et de l'action.
Approche développementale et différentielle



sous la direction de Françoise Bonthoux et Monica Baciu

Jury
Agnès BLAYE, Professeur, Université de Provence
Jacques LAUTREY, Professeur Emérite
Federico MARQUES, Professeur, Université de Lisbonne
Rémy VERSACE, Professeur, Université de Lyon 2




Résumé


En adoptant une approche différentielle du développement conceptuel, nous envisageons que la détection des relations de ressemblance perceptive et des relations contextuelles/fonctionnelles soient toutes deux impliquées dans la formation des concepts d'objets mais de manière variable selon les individus et les catégories d'objets. Les distinctions inter-domaines observées chez l'adulte sain et cérébro-lésé et chez l'enfant suggèrent que ces mécanismes seraient plus ou moins efficaces selon le domaine, objets naturels ou fabriqués. Chez le jeune enfant de 3-5 ans, la sensibilité aux relations de ressemblance perceptive (spontanée ou induite par apprentissage) favorise la catégorisation surordonnée des objets naturels par rapport aux objets fabriqués. En revanche, une sensibilité aux indices contextuels/fonctionnels ne facilite pas davantage la catégorisation surordonnée des objets fabriqués que celle des objets naturels. Si les concepts d'objets sont enracinés dans nos expériences sensori-motrices comme le suggèrent les théories de la cognition incarnée, alors la détection des indices contextuels/fonctionnels pourrait aider à accéder aux concepts d'objets manipulables, naturels et fabriqués. Nous avons alors testé une nouvelle distinction conceptuelle selon la manipulabilité des objets, facteur souvent confondu avec le domaine. A partir de 5 ans, les liens thématiques entre objets (e.g. bol-tartine) sont plus rapidement détectés pour les objets manipulables que non-manipulables, naturels ou fabriqués. Afin de préciser le rôle des liens thématiques dans la formation des concepts d'objets manipulables, nous avons ensuite comparé l'effet de l'amorçage par l'action et par le contexte sur la catégorisation de ce type d'objets. Dès 7 ans, l'action semble plus faciliter la catégorisation des objets manipulables au niveau de base (e.g. bol, orange) que le contexte. A l'inverse, le contexte aiderait davantage la catégorisation surordonnée (e.g. ustensile, fruit) que l'action. Enfin, une étude par IRMf chez l'adulte a démontré que les liens conceptuels taxonomiques (e.g. bol-fourchette) et thématiques (e.g. bol-tartine) réactivaient divers aspects de nos expériences sensori-motrices. Les relations taxonomiques activent spécifiquement les régions du système visuel impliquées dans le traitement perceptif, particulièrement pour les catégories d'objets naturels non-manipulables (animaux). Les relations thématiques recrutent spécifiquement les régions du système visuo-moteur impliquées dans le traitement de l'action, notamment pour les objets fabriqués manipulables et le traitement des relations spatiales, plus particulièrement pour les objets fabriqués. En accord avec les théories de la cognition incarnée, ces travaux montrent que dès l'enfance les indices de similarité perceptive et les indices contextuels et fonctionnels ont des rôles variables dans l'accès aux concepts selon le domaine et la manipulabilité des objets. En outre, les relations conceptuelles taxonomiques et thématiques reposant sur ces indices seraient enracinées dans des dimensions sensori-motrices différentes.


Mots-clés : concepts, développement, différences, domaine, manipulabilité, systèmes sensori-moteurs