Thèse de Delphine Bastard-Rosset

Thèse


Présentée en vue de l'obtention du

Doctorat de Psychologie Cognitive


Par

Delphine Bastard-Rosset


Soutenue le 10 novembre 2009



Influence de l'expertise sur le traitement des expressions faciales d'émotions chez les enfants autistes



Directeurs : C. Deruelle (CR CNRS-HDR, Institut de Neurosciences Cognitives de la Méditerranée - UMR 6193 CNRS, Marseille) et C. Marendaz.
Rapporteurs : N. Hadjikhani (Pr, Brain Mind Institute, EPFL, Lausane) et P. Niedenthal (DR CNRS, Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive, UMR 6024).
Examinateurs : T. Zalla (CR CNRS, Institut Jean-Nicod, Paris), D. Da Fonseca (PH, Marseille) Président : F. Poinso (PUPH, Marseille).




Résumé


Le déficit de reconnaissance des expressions faciales d'émotions occupe une place centrale dans les difficultés sociales des personnes autistes. Afin de mieux comprendre l'origine de ce déficit, nous nous sommes intéressés à un processus 'top-down' susceptible d'altérer les capacités des enfants autistes à reconnaître les émotions : leur expertise restreinte avec les visages réels. Dans nos travaux, nous avons étudié l'influence du facteur expertise en comparant les performances des enfants autistes dans des épreuves impliquant des personnes ou des visages réels et de dessins animés. En effet si ces enfants ont tendance à éviter de regarder les visages réels, conduisant à un niveau d'expertise restreint avec ces visages, ce n'est pas le cas pour les visages de dessins animés.

Les résultats de la première étude montrent que la reconnaissance des émotions sur des visages de dessins animés repose, chez les enfants autistes, sur un traitement configural, donc typique, alors que la reconnaissance de ces mêmes émotions repose sur un traitement local, donc atypique, dans le cas de visages réels. Ainsi, le manque d'expertise des enfants autistes avec les visages réels induirait un traitement perceptif des visages émotionnels atypique. Les quatre études suivantes montrent que l'expertise restreinte des enfants autistes avec les personnes ou les visages réels, (contrairement à leur expertise avec les dessins animés) affecte d'autres compétences. Tout d'abord, dans une épreuve de catégorisation de visages morphés (entre un visage réel et un visage de dessin animés), les enfants autistes présentent un biais perceptif en faveur des visages de dessins animés. Ce biais suggère une sensibilité perceptive plus importante pour ces visages comparativement aux visages réels. Dans une troisième et quatrième études, l'évaluation des aspects attentionnels de la perception des visages montre d'une part, une absence de spécificité des capacités de discrimination perceptive pour les visages réels comparés aux visages de dessins animés, et, d'autre part, une absence de spécialisation des processus attentionnels et pré-attentionnels impliqués dans la détection des visages émotionnels joyeux et en colère chez les enfants autistes. Enfin, une cinquième étude a permis de vérifier que l'influence de l'expertise sur la perception des visages s'étend à la perception des mouvements biologiques. L'ensemble de ces résultats a permis de mettre en évidence le rôle fondamental du statut 'réel' des visages à travers la mise en oeuvre de processus top-down liés à l'expertise.


Mots-clés : Autisme ; Reconnaissance des émotions ; Expertise ; Visages de dessins animés